Come Se Fosse Olivi
Series of paintings and sculptures on olive trees
DAVID COHEN COME SE FOSSE OLIVI
OLIVI FOSSE SE COMO ///// COHEN VID DA PARCOURS EXPOSITIONS PERSONNELLES 2009 Urban Gallery, Come se fosse olivi, Paris 2004 Galerie Jardin, Les pendus, Paris 2000 Galerie Jardin, Feuilles et couleurs, Paris 1997 HammamCafé,Têtesetpersonnages,Paris 1997 Les Broches à l’Ancienne, Têtes, Paris 1994 Maison des Conservatoires, Abstractions colorées, Paris EXPOSITIONS COLLECTIVES 2009 Urban Gallery, Inauguration, Paris 2008 DIMAGalerie, From Paris, London 2007 Galerie Sophie Bismuth, Selections, Paris 2000 Nicasiuszaal, On the Way 20.21, Antwerpen 1999 Galerie Dépôt Matignon, Le corps, Paris 1998 Galerie Hélène de Roquefeuil, Petits Formats, Paris 1998 Galerie Dépôt Matignon, Collectif, Paris 1993 Multiplex UGC, Bleeker Street au cinema, Lille 1992 Studio 902, Bleeker Street at TV studio, La Plaine St Denis 1990 Grand Palais, Salon de la peinture à l'eau, Paris 1989 ManègeRoyal, La peinture d'inspiration biblique, St Germain en Laye CONFÉRENCES 2007 Palais de Tokyo, 26 avril, Paris La figure du double Dans le cadre de l’exposition Matière / Antimatière
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI David Cohen semble condenser en une vie plusieurs destins. Scientifique de haut niveau formé à l'Ecole Normale Supérieure, médecin-psychiatre et Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, il est également peintre. Autodidacte inspiré des oeuvres des grands maîtres contemporains, il exprime très tôt son désir créatif, et sa formation ultérieure de spécialiste de l'âme infantile viendra confirmer en écho de ses premières oeuvres picturales, l'impertinence du trait, la liberté d'esprit, la spontanéité et la surprenante créativité propre à l'enfance. Il se forme à la peinture en fréquentant expositions et musées, retenant selon son intuition et son esthétisme, les compositions de Kandinski, la poésie et les couleurs de Miro, l'intelligence de Klee, le lyrisme De Koening et la fureur des peintres Gutaï ou de Rebeyrolle. L'acte pictural de David Cohen s'organise autour de la composition et des couleurs. Son style libre s'ouvre sur une dialectique entre l'abstrait et la figuration libre laissant place à une grande diversité d'expression. Son travail est un effort pour transpeindre une émotion, un vécu intérieur, une face cachée des sujets traités. Pour se faire, il n'hésite pas à bousculer physiquement les cadres pré-établis, à opérer des déplacements en jouant des matériaux ou en mêlant écritures et symboles définissant ainsi de nouvelles lignes de force. La série "Come se fosse olivi" qu’il expose à l’URBAN GALLERY est un hommage à Pietrasanta et ses environs, région où il travaille tous les étés depuis plusieurs années, et prolonge la série "Réincarnations". Cette fois ce ne sont plus vêtements, haillons, végétaux et carcasses qui s’inscrivent de nouveau, dans notre panorama, transfigurés par le rythme et les couleurs des toiles qu’il compose, mais des branches d’olivier voir des arbres entiers pour les sculptures. Outre la noblesse plastique de l’olivier, il s’agit toujours de susciter en nous par la symbolique associée à l’arbre, une réflexion sur l'humain, ses craintes, sa violence, sa médiocrité souvent, son enthousiasme, sa sagesse, sa poésie parfois; au bout du compte son éternel désir de partager, repris dans cette série par la métaphore des sacs postaux qui en constituent les troncs. “ ” E.GHOZLAN ÉDITO
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI EXPOSITIONS PERSONNELLES 2009 Urban Gallery, Come se fosse olivi, Paris 2004 Galerie Jardin, Les pendus, Paris 2000 Galerie Jardin, Feuilles et couleurs, Paris 1997 Hammam Café, Têtes et personnages, Paris 1997 Les Broches à l’Ancienne, Têtes, Paris 1994 Maison des Conservatoires, Abstractions colorées, Paris EXPOSITIONS COLLECTIVES 2009 Urban Gallery, Inauguration, Paris 2008 DIMA Galerie, From Paris, London 2007 Galerie Sophie Bismuth, Selections, Paris 2000 Nicasiuszaal, On the Way 20.21, Antwerpen 1999 Galerie Dépôt Matignon, Le corps, Paris 1998 Galerie Hélène de Roquefeuil, Petits Formats, Paris 1998 Galerie Dépôt Matignon, Collectif, Paris 1993 Multiplex UGC, Bleeker Street au cinema, Lille 1992 Studio 902, Bleeker Street at TV studio, La Plaine St Denis 1990 Grand Palais, Salon de la peinture à l'eau, Paris 1989 Manège Royal, La peinture d'inspiration biblique, St Germain en Laye CONFÉRENCES 2007 Palais de Tokyo, 26 avril, Paris La figure du double Dans le cadre de l’exposition Matière / Antimatière PARCOURS
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI Gigi GUADAGNUCCI
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI BLU 1 série “Como se fosse olivi” Technique mixte 162 x 130 cm
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI GIALLO - ROSSO 1 série “Como se fosse olivi” Technique mixte 162 x 130 cm
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI BLU 2 série “Como se fosse olivi” Technique mixte 162 x 130 cm
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI GIALLO - ROSSO 2 série “Como se fosse olivi” Technique mixte 162 x 130 cm
VIOLA série “Como se fosse olivi” Technique mixte 146 x 114 cm DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI
GIALLO série “Como se fosse olivi” Technique mixte 162 x 130 cm DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI VIOLA - BIANCO série “Como se fosse olivi” Technique mixte 195 x 97 cm

DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI OLIVO GIALLO ROSSO 2 série “Como se fosse olivi” Cage à oiseau, olivier, technique mixte 47 x 37 x 37 cm
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI OLIVO BLU 2 série “Como se fosse olivi” Acier, medium, olivier, technique mixte 200 x 120 x 100 cm
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI OLIVO GIALLO ROSSO 1 série “Como se fosse olivi” Acier, medium, olivier, technique mixte 82 x 60 x 50 cm
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI OLIVO BLU 1 série “Como se fosse olivi” Acier, medium, olivier, technique mixte 82 x 60 x 50 cm
DAVID COHEN ///// CONFÉRENCE “LE DOUBLE” David COHEN Professeur de Psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent Hôpital Pitié-Salpêtrière Université Pierre et Marie Curie, Paris Le rapport à l'autre, à son double - réel ou imaginaire - est, pour l'humain, une question qui traverse la philosophie, l'art, mais également la psychopathologie. A partir d'exemples pris dans ces différents champs, je vous propose une discussion sur ce que la figure du double condense en terme de construction de soi, d'identité, d'attachement, de rapport à l'autre, mais aussi de spiritualité, de désir d'éternité ou plutôt d'immortalité. J'ai choisi de distinguer trois parties dans cet exposé. La première s'attache à décrire le double comme participant à la construction de soi, au sentiment d'identité, à la construction du système du "même". La seconde concerne le double comme rapport à soi, à l'Autre, au temps qui passe. En cela le thème du double pose également la question de la transmis- sion. La dernière partie essaie de montrer comment le double vient également s'inscrire dans certains cas comme destin du désir d'éternité, d'immortalité en tant que trace laissée après la mort, témoin d'une quête de Dieu ou d'autres formes de spiritualité. LE DOUBLE COMME PARTICIPANT A LA CONSTRUCTION DE SOI C'est évidemment la question du double spéculaire et, au plan du développement du stade du miroir théorisé par Lacan comme une des voies d'accès à la représentation de soi et au symbolique. Au cours de son développement l'enfant se construit volontiers un compagnon imaginaire, véritable double à qui il confère des pouvoirs et qui expérimente ce qui lui fait peur avant l'enfant lui-même. Peter Pan nous en donne un exemple tout à fait paradigmatique dans la littérature pour enfant. On peut se demander si cette perspective n'est pas présente dans les autoportraits, véritables figures de style de très nombreux peintres figuratifs, l'autoportrait réalisant une véritable fonction de double spéculaire et/ou imaginaire. Certains autoportraits de Picasso ou de Rembrandt s'inscrivent clairement dans cette perspective. La psychologie cognitive récente milite également pour une distinction soi- non soi. Certaines recherches ont permis de postuler l'existence d'un système permettant la distinction entre les actions autogénérées et les actions observées. Ainsi, plusieurs expériences en imagerie fonctionnelle ont montré que certaines zones étaient activées aussi bien par l'exécution, la simulation et l'observation de l'action motrice. Ce réseau comporte entre autre l'aire motrice supplémentaire, le cortex prémoteur dorsal, le gyrus supramarginal, le lobe pariétal supérieur. L'existence de ce réseau commun d'activation conduit à postuler l'existence de représentations partagées et l'intervention d'un système de répartition ou attribution des actions à soi ou à autrui : un "who système" (Figure 1). De la même façon les aires du cortex préfrontal dorsal médian s'activent pendant une tache émotionnelle référencée à soi versus une tache référencée à autrui. Dans l’exemple choisi (Figure 2), la tâche consiste à attribuer un trait de personnalité à soi-même si le sujet considère qu'il le caractérise ou à un tiers si le sujet le qualifie comme désirable socialement . Dans l'imaginaire collectif, les vrais jumeaux sont souvent pris en exemple comme paradigmatiques de cette question du double. Pourtant les études comparant le développement de jumeaux monozygotes versus jumeaux dizygotes, c'est-à-dire vrais et faux jumeaux, ont montré la complexité de cette question. Par exemple, si l'apparence physique des vrais jumeaux est extrêmement proche et très fortement génétiquement déterminée, pour ce qui concerne des traits comportementaux comme l'agressivité ou les problèmes de comportement antisociaux, certaines études ont montré que la part d'héritabilité était associée à certaines dimensions comme un faible développement de l'empathie alors que d'autres étaient essentiellement influencées par l'histoire des sujets et leur condition de développement psychosocial . Lorsque le double se répète à l'identique, on en vient à contribuer à nier toute identité, toute individualité. Dans ce cas, le double rejoint la notion de même. De ce point de vue, le travail de Mâkhi Xenakis sur les "folles de la Salpêtrière" est tout à fait paradigmatique. En effet, Louis XIV fit construire l'Hôpital de la Salpêtrière au 17ème siècle et pendant plus de 300 ans les "folles" y seront enfermées, cheveux rasés, en tunique, dans des conditions extrêmement dures organisées autour d'une temporalité et d'une rythmicité très fortement empreintes de croyances religieuses. Lors d'une performance en 2004 près de 200 sculptures représentant des "folles", véritables figures du même, seront enfermées 15 jours dans la chapelle de la Salpêtrière et libérées deux semaines plus tard dans les jardins. Dans la pathologie psychiatrique, cette question du double identitaire s'inscrit par exemple dans certaines formes de pathologies délirantes. Dans le syndrome de Capgras, ou illusion des doubles, le sujet nie l'identité des personnes, et est habité par la conviction qu’elles sont remplacées par un double qui est un faux à l'allure du même. Dans le syndrome de Frégoli, le sujet croit que son persécuteur se cache derrière le vêtement et l'aspect des personnes familières. Enfin, dans certaines formes de délires schizophréniques, on peut retrouver un dédoublement d'identité. Mais la pathologie psychiatrique n'est pas le seul exemple permettant de révéler cette existence du double identitaire. Ainsi, dans certaines formes d'épilepsie CONFÉRENCE “LE DOUBLE”
DAVID COHEN ///// CONFÉRENCE “LE DOUBLE” frontale, pendant les expériences épileptiques, un double peut habiter le sujet du fait de l'expérience de conscience modifiée. Un patient de 17 ans avait ainsi l'habitude de convoquer un frère imaginaire avec qui il conversait lors des crises épileptiques. On peut s'interroger si certains autoportraits de Van Gogh réalisés après des moments de démence épileptiques ne viennent pas à la fois interroger, et en même temps reconstruire et donner un sens identitaire, à un moment de confusion extrême qui s'accompagne le plus souvent d'une rupture de conscience et donc d'un sentiment de discontinuité du moi. LE DOUBLE COMME RAPPORT A L'AUTRE Il est difficile de parler du rapport à l'autre, c'est-à-dire à son frère humain, sans en passer d'abord par le double comme rapport à soi. En effet, la question du double peut s'inscrire dans un questionnement intérieur, dans un rapport à soi. C'est par exemple l'animal, le monstre qui veille en chacun, sa face cachée. C'est aussi dans la psychologie analytique la question de la bisexualité psychique des psychanalystes freudiens, ou encore la question de l'archétype animus/anima de la psychologie Jungienne. En psychologie, cette dimension renvoie inévitablement à la notion d'individuation, lors du développement du bébé d'abord par rapport aux premières figures d'attachement avec son corrélat qui est le sentiment de sécurité intérieure ou d'attachement sécure ; de l'adolescent ensuite par rapport aux figures parentales et familiales avec son corrélat d'engagement dans une sexualité aboutie et une vie digne ; de l'adulte enfin par rapport aux signifiants ou objets collectifs (archétypes). D'ailleurs Jung a insisté à plusieurs reprises dans son œuvre sur l'importance de la théorie des contraires d'une part au plan de la psychologie, mais également dans la plupart des préceptes religieux ou de spiritualité philosophique. La théorie des contraires pose comme hypothèse que tout imago consciente dispose d'une imago opposée inconsciente, au même titre que dans la théorie physique, toute matière dispose d'une forme d'antimatière. Cette dimension renvoie aussi au plan psychologique à la façon dont certaines images collectives sont investies. Si on prend par exemple la fonction du loup garou comme incarnation collective de fantasmes cannibaliques qui existent en chacun de nous, on peut y voir assez simplement de nombreux développements tant dans le champ des rapports sociaux et religieux, comme dans les pratiques de sorcellerie, que dans l'imaginaire narratif, par exemple dans certains contes d'enfants. Pour reprendre la figure de l'autoportrait dans la peinture, on peut légitimement penser que certains autoportraits de Bacon viennent questionner cet être en lui, ce même plein de souffrance et de pulsionnalité invasive, un animal qu'il a parfois du mal à dominer. Gigi Guadagnucci, sculpteur toscan virtuose du marbre, intrigue aussi par la diversité voire l’opposition relative entre son parcours d’homme et sa trajectoire d’artiste, même si les deux sont indissociables. Opposant au fascisme, résistant dans le Vercors, ancien légionnaire, il s’installe tout naturellement à Paris dans l’après guerre. Il est vite reconnu pour sa virtuosité et sa capacité à parler avec la pierre. Il réalise beaucoup d’œuvres monumentales pour des collections publiques et privées et des institutions. A partir des années 80, c’est dire la soixantaine dépassée, il réalise une série de fleurs en marbre délicates, souvent aériennes, légères bien qu’en pierre et du coup si fragiles. Dans une discussion récente, il accepta l’idée que ces fleurs venaient à révéler sa part de double féminin qu’il n’a jamais niée. Beaucoup plus spéculatif sur le plan des hypothèses, on peut s'interroger si les très nombreuses femmes que Willem de Koenig a peint dans les années 60 ne viennent pas nous proposer une représentation sublimée de l'anima du peintre. Dans une veine assez proche, j'avais réalisé pour mon faire-part de mariage un couple à deux têtes venant symboliser à la fois les contraintes de l'intimité et de l'engagement, et la rencontre de l'âme sœur (figure 3). Les exemples suivants restent dans la lignée du double comme rapport à soi-même, mais dans une perspective un peu plus psychopathologique. En restant toujours dans le monde de l'art, l'œuvre de Hans Bellmer est d'une telle complexité, qu'elle n'autorise pas facilement les tentatives de simplification. Son œuvre est présentée à juste titre comme une œuvre pivot au sein du mouvement surréaliste par ce qu'elle interroge pour l'humain de son rapport à l'érotisme et aux pulsions sexuelles d'une part, et également des mouvements conscients/inconscients, très influencé en cela par les théories psychanalytiques contemporaines. Pour autant, on ne peut ignorer chez Bellmer que la question du double est présente tant dans sa vie que dans on œuvre. D'abord parce que sa seconde épouse lui donnera des jumelles Béatrice et Dariane, que d'autre part sa compagne à partir des années 50 Unica Zürn est un écrivain allemand célébré et reconnu, qui souffre d'une pathologie schizophrénique. De plus dans un de ses essais intitulé "Petite anatomie de l’image" il aborde cette question du double et de la représentation de soi. Bellmer y prend comme exemple certaines données qu'il a puisées dans les travaux du neurologue Jean l’Hermite sur l'image du corps. Enfin son œuvre graphique abonde d'exemples le plus souvent féminins, où on retrouve de nombreux thèmes dont bien entendu la question de l'érotisme, mais également la matrice, le rapport de l'image du corps avec la représentation corporelle, tout ce qui est conscient, préconscient ou inconscient dans le rapport à son corps, ainsi que la thématique du double. De très nombreux dessins sont construits sur un axe de symétrie ou une répétition de parties du corps (visages, troncs, parties sexuelles ou membres). Dans l'œuvre d'Antonin Artaud, l'être en souffrance qu'il porte en lui, qui l'envahit dans les moments de décompensation psychiatrique grave, est omniprésent. Dans ses poèmes bien sûr, dans lesquels on peut relever la citation suivante : "Qui suis-je, d'où viens-je ? Je suis Antonin Artaud, vous verrez mon corps actuel voler en éclats et se ramasser sous dix mille aspects notoires, un corps neuf où vous ne pourrez plus jamais m'oublier". La syntaxe énigmatique et le rythme dit bien combien psyché et corps volent en éclat pour se ramasser lors des moments de décompensation. Il revendique d'ailleurs de manière très constante cette partie de lui-même qui le traverse ou au contraire que lui traverse à certains moments de son existence. Son plaidoyer radiophonique antipsychiatrique et surtout anti-électrochocs, est de ce point de vue tout à fait poignant. Pourtant, ses autoportraits la plupart du temps sous forme de dessins ou d'encres, nous présentent le plus souvent une image relativement fidèle de son aspect externe. C'est dans les notes volontiers laissées de manière anodine dans les blancs des pages que l'on retrouve le bouillonnement interne. Pour terminer sur cet aspect du double comme rapport à soi, dans le champ de la psychopathologie, je dois signaler que certaines formes de pathologies délirantes s'expriment clairement dans cette lignée, comme les délires de transformation corporelle que l'on retrouve parfois dans la schizophrénie. Dans ces cas, ces idées délirantes touchent le plus souvent l'homme qui ressent son corps se transformer en femme dans un mouvement d'anxiété en général extrêmement violent.
DAVID COHEN ///// CONFÉRENCE “LE DOUBLE” On peut également rappeler les délires d'incarnation animale comme par exemple les délires lycanthropiques où le sujet a la conviction délirante qu'il s'est transformé en loup ce qui peut le conduire à déambuler à quatre pattes en aboyant. Là encore ces formes délirantes qui sont rares se voient essentiellement dans les délires schizophréniques. Venons en maintenant à l'idée du double qui rend compte de son rapport à l'Autre. Nous l'aborderons avec la même idée de prendre des exemples variés issus de l'art, des sciences et de la psychopathologie. Pour plus de clarté, je distinguerai les champs social et culturel d'une part, des questionnements philosophiques, c'est-à-dire du double dans son rapport à l'autre quant à leurs humanités respectives. Pour rendre compte dans la littérature scientifique comment intervient au plan social la notion de double c'est-à-dire de Même identitaire au plan des relations sociales, je prendrai deux exemples très différents. Le premier est résumé dans les travaux de Nance et Kersey qui se sont intéressés à la fréquence et l'évolution au cours du temps des surdités d'origine génétique. L'existence d'une culture sourde s'appuyant sur des écoles spécialisées, l'utilisation d'une langue des signes propre, comporte un certain nombre de conséquences sociales, entre autre l'augmentation de la fréquence des mariages entre personnes sourdes. Aux Etats-Unis où on peut suivre l'évolution de la surdité sur des registres nationaux depuis près de 200 ans puisqu'ils ont eu leur première école spécialisée au début du 19ème siècle, on a constaté une augmentation sensible du nombre d'hétérozygotes au gène DFNB1 qui est la première cause de surdité d'origine génétique dans ce pays. Nance et Kersey ont montré que cette augmentation est simplement liée au fait que ce gène est arrivé au hasard des migrations initiales des populations indo-européennes au cours du 17 et 18 ème siècle. De la même manière, dans l'île de Benkala dans l'archipel de Bali, la surdité est si fréquente qu'il existe une langue de signes indigène. On retrouve là encore une augmentation des mariages entre sourds. Dans cette population le gène incriminé est DFNB3 présent à titre hétérozygote chez 17% des habitants de l'île. Enfin le troisième exemple que prennent ces auteurs concerne certaines tribus de Bédoins d'Israël chez qui on retrouve une fréquence de surdité de 2,6% qui s'explique par un système de mariages favorisés entre cousins germains même si les mariages entre sourds sont interdits. Du coup, dans ces populations on a une augmentation de toutes les pathologies récessives dont les surdités d'origine génétique. A contrario, les auteurs pour le gène DFNB1 prennent l'exemple de la Mongolie où la fréquence est très faible ; mais il est vrai qu'on n'a pas en Mongolie d'école spécialisée pour l'apprentissage de la langue des signes puisque la première a été créée en 1995 et du coup on ne constate pas une augmentation de mariages entre sourds ni d'augmentation au cours du temps de la fréquence du gène DFNB1 comme aux Etats-Unis. Le deuxième exemple est issu des travaux de Whiten et al (2005). Ces auteurs ont mis en évidence l'importance de normes sociales et de phénomènes d'identification conforme à la femelle dominante dans des procédures d'apprentissage expérimentales chez des chimpanzés. En quelques mots, ces auteurs ont entraîné deux femelles dominantes de deux groupes différents de chimpanzés à deux techniques différentes permettant d'obtenir d'un même distributeur des petits bonbons très appréciés des chimpanzés. La première technique consistait à appuyer sur un bouton, la seconde à soulever un crochet, dans tous les cas la conséquence était la distribution d'un bonbon. Ces femelles ont été ensuite replacées dans leur groupe d'appartenance, chacun des groupes étant constitué de 16 individus. Les auteurs ont suivi très conscien- cieusement comment l'apprentissage de la technique par la femelle dominante pouvait diffuser au sein de chacun des groupes. Sans rentrer dans le détail, ils ont constaté que tous les chimpanzés sauf deux vont apprendre la technique de leur femelle dominante alors qu'aucun ne l'apprend dans un groupe contrôle sans apprentissage. La majorité des chimpanzés va garder la technique première du groupe qui reste stable dans le temps. Cela dit, plusieurs individus dans chaque groupe ont découvert la méthode alternative, mais tous sauf deux reviendront à la méthode majoritaire de leur groupe d'appartenance, montrant là une attitude conformiste. Dans le champ de l'art, le travail de Beta Siebel et Günther Heilfurth est également paradigmatique de cette dimension de double comme rapport à l'autre et ce à un double registre. D'une part c'est l'essence même de leur travail artistique, photographique pour Beta Siebel et sculptural pour Günther Heilfurth, qui pose la question du rapport à l'autre à travers le visage qui parle. Les références philosophiques à Levinas sont omniprésentes tant dans leur travail sur le visage et au-delà de la face qu'ils présentent au monde, que dans leur rapport éthique à leur propre travail. Pour ce qui me concerne, j'y vois un autre registre, celui de deux artistes qui sont également mari et femme dans la vie. En effet, comment ne pas relever que la question du couple dans sa construction de vie mais également dans la trajectoire artistique de chacun ne s'inscrit pas au cœur de celles-ci puisque le rapport à l'autre peut s'envisager en premier lieu comme le rapport à l'âme sœur. Dans le champ de la philosophie, et de la littérature, il y a foison d'exemples qui rendent compte de cette dynamique du double comme un rapport à l'autre. Je ne citerai que deux des exemples les plus remarquables. Chez Nietzsche on peut se demander qui est Zarathoustra si ce n'est un double imaginaire avec qui le philosophe converse. De même, dans la pensée de Levinas, on peut se demander qui est l'Autre. On ne peut se résoudre, quels que soient les écrits de Levinas sur le judaïsme et le Talmud, à n'y voir que l'incarnation d'un Autre divin. En effet, il dit bien "est-ce qu'en étant au monde, je ne prends pas la place de quelqu'un". Pour terminer cette partie qui concerne le double comme rapport à l'autre, on ne peut faire l'économie de la question du temps qui passe. Cette question d'ailleurs fera lien avec la dernière partie de mon propos, sachant que le temps qui passe, et c'est ce que j'aborderai maintenant, renvoie à la question de la transmission. Dans toutes les cultures, la question de la transmission s'inscrit dans un rapport de transmission des Mêmes. Lorsque cela n'est pas le cas, c'est toujours dans le cadre d'exceptions. Les Mêmes, ce sont les lignées de même sexe, c'est-à-dire la transmission père-fils et la transmission mère-fille. La figure 5 présente deux toiles tirées de la série "écriture", la première est un autoportrait, la seconde un portrait d'un de mes fils Raphaël. Cette série s'inscrit dans un jeu de signifiants qui d'écritures superposées confine à l'abstraction. Un travail de Mâkhi Xenakis, tirée de la série "petites créatures" et intitulée mère et fille reprend cette question dans la confrontation des positions hiérarchiques des femmes sculptées, ou comment la transmission de la question de la féminité se pose entre cette femme et son enfant. LE DOUBLE COMME SOURCE OU DESTIN DU DESIR D'ETERNITE ET D'IMMORTALITE Le double comme source ou destin du désir d'éternité, du désir d'immortalité, ce n'est pas autre chose dans une première approximation que le double comme trace laissée après la mort. On voit là le lien qu'il y a avec les questions autour de la
DAVID COHEN ///// CONFÉRENCE “LE DOUBLE” filiation, mais cela dépasse le strict lien père-fils ou mère-fille évoqué précédemment. En effet, dans ce cas, l'image du double vient aussi témoigner d'une quête de Dieu, d'une quête de spiritualité. L'Autre devient une abstraction à laquelle on se réfère en le vénérant (ou en le refusant sur le même mode dans les philosophies volontairement athéistes). Dans le domaine de l'art, je ne prendrai que trois exemples qui ont à mon sens tous une profonde dimension poétique, quelle que soit la force et l'intensité du travail de ces artistes qui expriment leur profond sentiment de révolte. Les deux premiers sont des sculpteurs, Frans Krajcberg et Magdalena Abakanowicz, le troisième est poète, François Villon. L'œuvre de Krajcberg (qui au passage a vécu avenue du Maine pendant près de 20 ans dans les années 60 avec Guadagnucci) souvent qualifiée par certains de révolte écologique, doit être à mon sens entendue dans toute sa complexité narrative, poétique, biographique et surtout spirituelle. Il est certain que d'un point de vue narratif, son travail est un cri de révolte contre le pouvoir de l'homme et du feu. Il s’érige contre la maltraitance, qui se déroule sous ses yeux, et que l'homme fait subir à la forêt amazonienne. En récupérant racines, branches, troncs entiers calcinés après les défrichages, en les utilisant dans ses œuvres sculpturales et les positionnant sur un mode totémique, outre la valeur esthétique et poétique de ces scupltures-installations, Krajcberg rend compte aussi de sa propre histoire et de sa quête de spiritualité ou encore de communion avec les hommes. En effet, comment ne pas faire lien avec son expérience de la Shoah, lui qui dans l'après guerre fuit l'Europe pour se réfugier au Brésil qui deviendra sa terre d'accueil, pas le Brésil des mégapoles mais le Brésil de la nature, de la forêt sauvage, des grands espaces où il aime méditer, où il installera son atelier, où il cherchera ses pigments et où il finira par construire sa maison dans un arbre centenaire. Le travail de Magdalena Abakanowicz se situe dans un registre un peu différent et on peut dire que le module élémentaire de son art et à la fois sa mesure, c'est l'homme lui-même. L'homme du point de vue de sa condition, du point de vue de sa position dans le monde contemporain, mais également du point de vue de ses égarements dans l'excès, de son anonymat dans les foules, de son ressenti nostalgique de l'enfance. Le travail que je veux évoquer ici ? Ceux sont les installations de foules le plus souvent en bronze, mais également en bois, pierre, beaucoup plus rarement en céramique. Par exemple l'installation de la foule de dos évidés et assis dans le musée de la ville d'Hiroshima. Cette œuvre vient rappeler les milliers de morts et même la ville entière que le bombardement atomique détruisit pendant la deuxième guerre mondiale. Si le monument au mort d'Hiroshima s'incarne dans le seul bâtiment qui ait survécu à la bombe, pour beaucoup d'habitants, l'œuvre d'Abakanowicz a la force des œuvres qui font mémoire, non pas une mémoire architecturale, mais une mémoire incarnée dans le souvenir des survivants et dans la rémanence des âmes perdues. D'ailleurs, Villon enfermé dans un cachot, attendant son exécution, n’eut-il pas les mots suivants : "frères humains, qui après nous vivez, n'ayez les cœurs contre nous endurcis, car si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous mercis... "et encore un peu plus loin" puis ça, puis là, comme le vent varie, à son plaisir sans cesser nous charrie, plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre, ne soyez donc de notre confrérie ; mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !". Cette méditation à Dieu, cet appel à la figure de l'Autre comme profondément humaine car partageant d'inéluctables vicissitudes de la souffrance et de la mort, c'est ce que questionnent tous ces artistes et que l'on retrouve aussi dans le magnifique Jérémie pleurant la destruction du temple de Rembrand. En effet, dans cette œuvre tardive, on peut se demander si l'allégorie que Rembrandt propose de la vision de Jérémie prédisant la destruction du Temple de Jérusalem, n'est pas également une allégorie sur sa propre condition, sur son âge avancé et donc sa mort prochaine, car beaucoup voient dans son Jérémie son propre double. Dans le champ de la psychopathologie, un syndrome vient confirmer combien cette image du double de soi vient convoquer le rapport à Dieu, les concepts d'immortalité et de damnation : le syndrome de Cotard. Il s'agit d'un délire méta-mélancolique survenant le plus souvent chez des hommes ou des femmes profondément déprimés. Il associe des idées de négation d'organe ou de concept comme l'existence même, de damnation, d'immortalité et/ou d'énormité. Ainsi, une patiente qui s'avérait être la seule survivante de sa famille toute décédée pendant la Shoah, s'accusait-elle de tous les maux pendant ses délires mélancoliques: ses organes étaient bouchés, elle ne pouvait plus déféquer, tout pourrissait à l'intérieur; mais ses urines envahissaient le monde, empoisonnaient tous les enfants de la terre, faisant d'elle le plus grand criminel nazi, damnée qu'elle était d'avoir survécu et d'être immortelle. Pour conclure ces propos, je souhaite évoquer un travail de Manuela Morgaine intitulé Icelectric. Il s'agit d'une performance pendant laquelle est projeté sur un bloc de glace un film qui raconte l'électricité à travers tout ce qu'elle incarne de puissance divine d'une part et maléfique d'autre part, ou encore de chaleur et de vie mais aussi de mort et d'effroi; enfin, ce qu'elle véhicule en terme de guérison lorsque par exemple on l'utilise pour guérir des syndromes de Cotard pendant des séances d'électrochocs, mais aussi de souffrance lorsqu'on l'utilise pour torturer et faire souffrir. Les trois extraits que j'ai choisi sont d'abord un impact de foudre, ensuite une séance d'électroconvulsivothérapie et enfin un montage où l’on voit superposées l'ombre du psy et la dernière scène de Pierrot le Fou, sachant qu'en chaque psy il y a bien un peu de folie qui sommeille. 1. Conférence donnée le 26/04/2007 au Palais de Tokyo dans le cadre du cycle de conférences accompagnant l'exposition "Matière - Antimatière". 2. Georgieff N et Jannerod M. Beyond consciousness of external reality: a "who" system for consciousness of action and self-consciousness. Conscious Cogn 1998; 7: 465-477. 3. Fossati P, Hevenor SJ, Graham SJ, Grady C, Keightley ML, Craik F, Mayberg H. In search of the emotional self: an FMRI study using positive and negative emotional words. Am J Psychiatry 2003; 160: 1938-1945. 4. Viding E, Blair RJ, Moffitt TE, Plomin R. Evidence for substantial genetic risk for psychopathy in 7-year-olds. J Child Psychol Psychiatry 2005; 46: 592-597. 5. Nance WE et Kersey MJ. Relevance of connexin deafness to human evolution. Am J Hum Genet 2004; 74: 1081-1087. 6. Whiten A, Horner V, de Waal F. Conformity to cultural norms of tool use in chimpanzees. Nature 2005 ; 437: 737-740 7. Chacun peut voir l'ensemble de la performance sur le site www.enverscompagnie.com puis en cliquant "Icelectric" Références
DAVID COHEN ///// CONFÉRENCE “LE DOUBLE” 2009 FIGURE 1 – Activation de l’aire motrice supplémentaire, du cortex prémoteur dorsal, du gyrus supramarginal, et du lobe pariétal supérieur lors de l’exécution, la simulation et l’observation d’une action motrice (Courtesy of Nicolas Georgieff, Lyon) FIGURE 2 – Aires du cortex préfrontal dorsal médian qui s’activent pendant une tache émotionnelle référencée à soi versus une tache référencée à autrui (Courtesy of Philippe Fossati, Paris). FIGURE 3 – Huile intitulée couple ayant servi de faire part de mariage (David Cohen, 1992) FIGURE 4 – Autoportrait et portrait de Raphaël, série Ecritures,1998-2001, David Cohen
DAVID COHEN ///// COMO SE FOSSE OLIVI
Tel. 06 24 26 77 07 - d avcoh 55@ gmail.com DAVID COHEN COME SE FOSSE OLIVI
